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10/2007

Jean-Guy Talamoni
Intervista



Jean Guy Talamoni, à mi mandat de l’actuelle Assemblée de Corse, quel regard portez-vous sur la situation de la Corse ?

La situation actuelle de notre pays est plus que préoccupante : la dépossession de la terre et des maisons corses s’accélère, tout comme la décorsisation des emplois, en particulier dans les fonctions d’encadrement. En fait, les Corses sont aujourd’hui purement et simplement chassés de chez eux. Seul élément positif, beaucoup de nos compatriotes en sont aujourd’hui conscients, bien au-delà du Mouvement national. Malheureusement, leurs plus hauts représentants, à savoir les dirigeants de la CTC, ne se préoccupent guère de ces problèmes et suivent servilement les instructions parisiennes, au lieu de défendre les intérêts du peuple corse, intérêts qu’ils ont pourtant en charge.


A ce titre, Corsica Nazione Indipendente a présenté, ces dernières semaines, un programme en 25 points susceptible de servir de base de travail en vue d’une sortie de crise. Pouvez vous en faire une présentation ?

Ce programme en 25 points concerne un grand nombre de sujets, car il cherche à répondre aux multiples difficultés que rencontre actuellement notre communauté. Au coeur de nos propositions, outre la question des prisonniers politiques, on trouve deux éléments essentiels : la citoyenneté corse et l’officialisation de notre langue. En ce qui concerne les prisonniers, la promesse faite par le gouvernement français de rapprocher tous les condamnés nous intéresse au plus haut point. Toutefois, nous nous souvenons que la même promesse a été faite il y a plusieurs années et qu’elle n’a jamais été suivie d’effet. Nous jugerons donc sur pièces. Par ailleurs, la citoyenneté locale, que nous proposons, serait fondée sur 10 ans de résidence. Elle permettrait d’accéder à l’emploi et à l’acquisition de biens immobiliers. Par ailleurs, un corps électoral corse pourrait être constitué sur la base de cette citoyenneté, afin que les scrutins ne soient plus faussés par le vote de résidents temporaires, en poste dans l’île pour deux ou trois ans, et qui ne sont pas vraiment concernés par l’avenir du peuple corse. Enfin, s’agissant de la langue corse, rappelons que l’Assemblée territoriale a mandaté un comité de scientifiques pour examiner sa situation et ses perspectives au sein de la société insulaire. Ce comité a rendu son rapport qui précise que l’officialisation de la langue corse est une nécessité si l’on veut vraiment interrompre le déclin de la pratique. Aujourd’hui, les choses sont très simples à cet égard : l’Assemblée de Corse doit simplement prendre en compte la position des scientifiques qu’elle a elle-même interrogés…


Selon vous, si un débat doit s’engager, quelle doit en être la méthode ? L’Assemblée de Corse a-t-elle vocation à être la matrice comme lors du processus de Matignon ?

L’Assemblée de Corse doit jouer un rôle éminent dans tout débat sur l’avenir de notre pays, car tous les courants politiques y sont représentés. Toutefois, c’est l’ensemble de la société corse qui doit être concerné par un processus de sortie de crise.


Que vous a inspiré la dernière visite de Nicolas Sarkozy ?

Le ton de son discours, prescriptif et paternaliste, n’était pas sans rappeler celui qu’il avait prononcé quelques jours plus tôt à l’Université de Dakar, et qui n’avait pas vraiment été apprécié par les responsables africains. Quant à sa visite à Saint Florent, elle avait manifestement pour objectif de créer un amalgame entre une affaire de droit commun, au demeurant présentée comme telle par la victime, et l’action du Mouvement national. Nous avons dénoncé cette manipulation en nous rendons sur place quelques jours plus tard et en rencontrant à notre tour Monsieur Benvenuti qui a confirmé que son affaire était totalement étrangère à la politique. Pour le reste, nous avons bien entendu les propos de Nicolas Sarkozy sur les prisonniers ou la langue corse, mais nous attendons des actes pour exprimer une appréciation.


Nicolas Sarkozy a évoqué la question des prisonniers et de leur éventuel rapprochement. Mais ne s’agit-il pas d’une simple opération de communication, car en définitive il ne suffit pas de se dire ouvert au problème mais de faire appliquer le droit. Or, dans ce domaine, la France ne respecte pas ses propres lois. Qu’en pensez-vous ?

Effectivement, la France viole ses propres lois en ne rapprochant pas les prisonniers. Il faut également évoquer le problème des délais d’audiencement qui fait que des personnes présumées innocentes attendent de nombreuses années pour être jugées. J’ai interpellé à ce sujet Monsieur Fillon lors de sa visite à l’Assemblée. Il a reconnu qu’à cet égard, la France était en retard sur les autres pays européens, sans toutefois nous dire ce qu’il comptait faire pour y remédier ! Même tonalité chez Rachida Dati, le 28 septembre, lorsqu’elle à dit que les rapprochements seront étudiés au cas par cas.


Ca voudrait dire, au delà des lois et du droit, que l’Etat français se permet de faire ce qu’il veut avec les gens en prison ?

En réalité, Paris se sert depuis des décennies des prisonniers politiques comme autant d’otages…


Dans le discours de Nicolas Sarkozy, on a l’impression, comme dans les années 80, d’une volonté de « gangstériser » les nationalistes. Parallèlement, Corsica Nazione Indipendente a pris position à deux reprises afin de dénoncer des tentatives de manipulations et de provocations dans les affaires Broomberg et Benvenuti. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Ces deux affaires ont servi de prétexte pour mettre le Corse, et particulièrement les nationalistes, en accusation. Corsica Nazione Indipendente est intervenu sur le sujet, mais tous les responsables politiques de Corse auraient dû en faire de même. Malheureusement, nous avons été bien seuls dans cette affaire, et beaucoup de Corses, même non nationalistes, nous ont remercié d’avoir mis les choses au point…


Vous avez rencontré le 1er Ministre, François Fillon, lors de sa visite du 21 septembre dernier, que lui avez vous dit ?

Nous lui avons dit clairement qu’il n’y aurait pas de sortie de crise sans la prise en compte de la question nationale corse. Il n’a pas répondu sur un plan aussi général, évoquant uniquement certains dossiers. Il n’avait manifestement aucun mandat pour aborder le problème dans sa globalité.


Au-delà des effets d’annonce, des petites phrases, pensezvous que l’Etat français a actuellement, une réelle volonté de créer les conditions d’une solution politique au problème corse ?

Rien ne permet aujourd’hui de dire que les nouveaux responsables français ont l’intention de rompre avec la politique menée depuis des années, celle du mépris et de la répression. Pourtant, cette politique ne peut que mener Paris à l’échec et la Corse à de nouveaux drames…


L’actualité c’est également la vie du Mouvement National. En juillet dernier, l’AG de Corsica Nazione Indipendente a décidé de rendre plus lisible son discours en cherchant dans un premier temps des points de convergence avec d’autres formations indépendantistes, avant de créer, dans un second temps, des conditions d’union avec des partis autonomistes. A ce titre, que répondez vous à ceux qui « accusent » CNI d’avoir mis fin à Unione Naziunale ?

La position de l’A.G. de Corsica Nazione Indipendente encourage chacun des deux courants du Mouvement national à porter son discours propre plutôt que de le diluer. Cette attitude devrait, selon nous, profiter à ces deux courants. Par ailleurs, il s’agit d’une question de démocratie : Corsica Nazione Indipendente a toujours refusé la notion de parti unique qui préfigurerait un modèle de société que nous rejetons. En revanche, l’union dans la diversité doit être recherchée avec constance, et personne ne peut nier que CNI a fait, depuis des années, les plus gros efforts pour que cette union soit possible. Ceux qui ont accusé CNI d’avoir mis fin à Unione Naziunale se trompent. Sans doute n’ont-ils pas lu la motion de synthèse ayant été votée par notre AG.


Vous regrettez la position du PNC et de A Chjama qui ont souhaité une clarification au sein d’Unione Naziunale ?

Je regrette effectivement la façon, erronée, dont ces deux formations ont analysée notre motion d’AG. Le débat a commencé au sein du groupe Unione Naziunale à l’Assemblée de Corse. Pour faciliter les choses et dédramatiser la situation, nous avons nous-même proposé de neutraliser la présidence du groupe. À présent, les discussions vont se poursuivre.


Que vous inspire le nouvel appel d’Edmond Simeoni ?

Cet appel au dialogue au sein de l’Assemblée de Corse avait été formulé, par notre groupe, dès l’installation des nouveaux élus en 2004. Il avait été formellement accepté par Camille de Rocca Serra, puis ce dernier s’était ravisé, sans doute sur injonction de Paris. Aujourd’hui, la commission dite « Jean-Paul de Rocca Serra » a été réactivée, conformément à notre proposition de 2004, mais on a perdu plusieurs années. Bien entendu, nous participerons à ce dialogue, mais la vraie question à laquelle chacun doit répondre est la suivante : les élus de l’ensemble des courants politiques doivent-ils refuser clairement, et ce de façon solidaire, la disparition du peuple corse sur sa terre, disparition programmée et dont le processus est déjà engagé ? De la clarté de la réponse à cette question dépendra le sérieux des débats. Une réponse obscure ou nuancée transformerait cette tentative de dialogue en bavardage stérile.

Propos receuillis par Battì LUCCIARDI





 

© Corsica Nazione Indipendente — 2008