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06/2005

Interview de Rosa Prosperi


Au moment où les observateurs français prédisaient la fin de l'Unione Naziunale, la coalition nationaliste annonce la mise en place d'une nouvelle structuration, la Cuurdinazione. Nous revenons avec une élue de l'Unione Naziunale sur les derniers événements.

U Ribombu : Jean-Guy Talamoni a été relaxé par le Tribunal Correctionnel de Paris, alors que d'autres militants nationalistes, comme Carlu Pieri ont été lourdement condamnés. Quel est votre sentiment sur ce procès dit Sarkozy-Courroye qui vient de s'achever ?
Rosa Prosperi :
La relaxe de Jean- Guy Talomoni ne doit rien à la bienveillance parisienne : son dossier était totalement vide. Quant aux autres condamnations, elles sont inacceptables, compte tenu de la teneur du dossier. Le groupe Unione Naziunale a vivement critiqué ce jugement, force est de constater qu'il n'est pas fait pour apaiser la situation.

U Rib. : Malgré un dossier vide, on a tout fait pour condamner ces militants. Pensez-vous que Paris, à l'image de l'attitude de Madrid à l'égard du Mouvement basque ait voulu accentuer son étau répressif en cherchant à rendre illégales toutes les représentations des indépendantistes corses ?
R. P. :
Il est possible que cette idée ait été celle du gouvernement français. Ce qui les en a peut-être dissuadé, c'est le fait que l'opinion publique ait eu parfaitement connaissance de la vacuité du dossier. Même la presse parisienne l'avait soulignée. Pour le moment, l'Etat français s'est contenté d'éliminer des responsables politiques et pas encore des mouvements ou des syndicats. Les tentatives allant dans ce sens dans les années 1980 ont toutes échoué, mais on ne peut que constater que la tentation réapparaît régulièrement.

U Rib. : Les prisonniers politiques corses sont pour la quasi-totalité tous incarcérés en France, compris ceux qui sont condamnés. Cette situation fait qu'ils sont très éloignés de leur terre, de leur famille et de leurs proches, ce qui est contraire aux lois en vigueur. Cependant, on entend constamment les autorités françaises dire que de nombreux rapprochements à la prison de U Borgu ont été effectués. Qu'en est-il en réalité ?
R. P. :
Il y a deux ans et demi, quatre ministres de la République française ont débarqué à Aiacciu pour s'engager à rapatrier tous les prisonniers condamnés. L'un d'entre eux a même rajouté que cela serait fait sans prendre en considération la longueur des peines. Cette promesse n'a jamais été tenue, seuls quelques patriotes condamnés ont été rapatriés, mais uniquement ceux qui auraient dû bénéficier de mesures de libération conditionnelle depuis bien longtemps. Il est aujourd'hui évident que l'Etat français a renié sa parole.

U Rib. : La situation politique en corse est actuellement bloquée avec d'une part l'Etat français qui refuse tout dialogue et de l'autre une classe politique insulaire totalement inféodée, à l'image de Camille de Rocca Serra et d'Ange Santini. Etes - vous inquiète pour l'avenir et comment pensez-vous qu'il soit possible de sortir de cette impasse ?
R. P. :
Dire que les responsables actuels de la CTC sont inféodés, c'est un euphémisme. Ils ne prennent pas la moindre décision sans en avoir référé à Paris et sans en avoir reçu l'autorisation. Aujourd'hui, la seule autorité politique décisionnelle en Corse, c'est le préfet. Le statut particulier a donc été réduit à néant par l'incompétence et la servilité des élus corses aux affaires. Pour répondre à votre question, on ne peut qu'être inquiet pour l'avenir. Quant à dire comment sortir de l'impasse… Si Paris ne change pas de position, ce sera difficile.

U Rib. : Que vous inspire la nomination de Dominique de Villepin à Matignon et le retour de Sarkozy au ministère de l'intérieur ?
R. P. :
La position du groupe Unione Naziunale a été rendue publique il y a quelques jours : nous attendons les premières paroles et les premiers actes du gouvernement et nous jugerons sur pièces. Nous sommes toutefois extrêmement préoccupés…

U Rib. : Les nationalistes corses auront certainement un grand rôle à jouer dans les semaines et les mois à venir. A ce sujet, Unione Naziunale s'est dotée ces derniers jours d'un structuration, A Cuurdinazione, capable de mieux occuper tous les terrains de lutte. Pouvez-nous expliquer la démarche ?
R. P. :
La création de la Cuurdinazione correspond à une nouvelle étape dans l'union. Cette dernière, que certains observateurs présentaient comme une coalition électorale a montré qu'elle avait vocation à être poursuivie et même renforcée. Sont présents dans la Cuurdinazione huit représentants par organisations, ainsi que les élus nationalistes de l'Assemblée. A Cuurdinazione est en fait la structuration d'une véritable direction de l'Unione Naziunale. Elle prendra dans les semaines et les mois à venir des initiatives majeures visant à assurer une présence accrue sur le terrain dans les domaines qui tiennent à coeur à tous les nationalistes : la langue, le peuple, la terre. Il s'agit notamment d'exiger la création d'un office de la langue, de lutter contre la décorsisation des emplois et de notre terre qui est actuellement vendue à l'encan à des intérêts étrangers.

U Rib. : Lors du référendum du 29 mai dernier, les Français ont largement rejeté le projet de traité de constitution européenne. Corsica Nazione Indipendente qui milite depuis plusieurs années pour une Europe des peuples et des régions solidaires avait laissé libre choix à ses électeurs. Selon vous, ce projet de traité répond-il pleinement aux aspirations populaires des Européens, et est-il de nature à changer la nature des choses pour une île comme la Corse ?
R. P. :
Les nationalistes ne sont pas divisés sur la question de l'Europe : ils sont résolument européens. Ils ne divergent pas non plus sur la nature de l'Europe à construire : ils veulent une Europe des Peuples et une Europe sociale. Ils sont donc d'accord sur l'essentiel. En revanche, ils ont pu avoir des appréciations différentes sur l'opportunité de voter " oui " ou " non " lors du référendum. En effet, certaines organisations ont estimé qu'il était possible de parvenir un jour à cette Europe des Peuples et à cette Europe sociale en passant par cette " constitution " qui, bien que critiquable, pourrait constituer un premier pas vers une Europe politique. C'est le cas du PNC. D'autres nationalistes, comme le STC, ont estimé qu'il n'était pas possible d'avaliser l'Europe qui se construit actuellement et qu'il était préférable d'exprimer un refus non pas de l'idée européenne, mais de ce que certains sont en train d'en faire. Chacun a pris sa décision en conscience.

Propos reccueillis par Battì Lucciardi





 

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