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05/2006

Conférence internationale sur les processus de paix et d’accession à la souveraineté en Europe :

la voie - et les voix - de la solidarité



Le Samedi 29 avril s’est tenue à Bastia la première conférence internationale sur les processus de paix et d’accession à la souveraineté en Europe. Organisée sous l’égide de U Ribombu internaziunale et de A Nazione, cette manifestation ouverte au public aura été enrichissante à plus d’un titre, tant au niveau des débats que par les positions communes qui l’ont conclue.

Après une introduction de Jean Guy Talamoni, rappelant l’action internationale de Corsica Nazione Indipendente, Jacques Orsoni, professeur à l’Université de Corti, devait d’une part préciser certaines données d’ordre économique caractérisant la situation actuelle de la Corse, mais aussi apporter des éléments de réflexion qui trouveront ultérieurement d’autres prolongements.

En effet l’aspect fondamental du sujet abordé et la pertinence du propos nous conduiront dans les mois à venir à d’autres échanges et à d’autres développements uniquement consacrés à cette question. Quoiqu’il en soit, on peut d’ores et déjà affirmer, indépendamment de toute approche dogmatique, que c’est bien l’état de dépendance dans lequel a été maintenu notre pays qui lui a interdit toute possibilité de développement réel ; dès lors il paraît indispensable, pour ne pas dire vital, de rompre avec cette logique de mise sous tutelle et d’ « économie de rente », pour répartir entre tous la possibilité de créer de la richesse, afin que chacun soit en mesure de vivre dignement de son travail. Dans cette perspective, pour les représentants basques, catalans et corses présents lors de cette rencontre, le cap doit résolument être mis sur l’indépendance nationale.

C’est d’ailleurs l’absence d’un objectif clairement défini qui, entre autres, explique la défaillance et l’incompétence des politiciens aux affaires en Corse, incapables, depuis toujours, de fixer un tant soit peu le cadre macro économique au sein duquel le développement des diverses activités aurait pu se réaliser. À cet égard, Jacques Orsoni a souligné l’importance de la mise en place d’un institut corse de la statistique qui pourrait enfin, en toute transparence, nous livrer les données nécessaires à l’élaboration de nos propres choix. Jean Guy Talamoni devait rappeler, fort à propos, qu’il s’agissait là encore d’une revendication qui avait été portée par les nationalistes à l’assemblée de Corse, et qui se heurtait toujours à l’hostilité d’une classe politique soumise à Paris. Enfin, Jacques Orsoni nous invitait à nous pencher sur le cas d’un pays insulaire dont les données démographiques sont comparables à celles de la Corse (près de 300000 habitants), un pays dont la volonté d’indépendance a entraîné une réussite socio-économique que beaucoup lui envient, l’Islande ; malgré sa position géographique peu favorable, et une situation antérieure des moins confortables, cette petite nation a aujourd’hui le troisième P.I.B. par habitant du monde. En effet, malgré qu’elle ait été frappée de plein fouet par le choc pétrolier de 1970, avec une inflation qui grimpa jusqu’à 59 % en 1980, l’Islande peut, aujourd’hui, grâce à des choix judicieux que seule une nation indépendante est capable de faire, se prévaloir d’une des économies les plus prospères au monde ! Les chiffres parlent d’eux même : en 2005 l’économie islandaise se caractérise par un revenu par habitant de 34500 dollars, une croissance du P.N.B. de 5,9 % , un taux de chômage d’à peine 2 %, une inflation à 4 %, et un budget de l’Etat dégageant un surplus .

De la Catalogne au Pays Basque, une même soif de paix et de liberté

Uriel Bertran, député au parlement de Catalogne (l’équivalent d’un ministre) était accompagné de Jordi Miró, président de l’association Catalunya-Corsica, et artisan depuis toujours du rapprochement de nos deux nations. Tous deux représentaient Esquerra Republicana Catalana (E.R.C.), parti indépendantiste actuellement au pouvoir, et c’est Uriel Bertran qui devait prendre la parole, pour saluer en langue corse l’assistance, puis, après avoir rappelé de manière anecdotique la similitude historique entre le drapeau de guerre catalan et le drapeau corse, exprimer la solidarité de son mouvement et son engagement aux côtés de Corsica Nazione Indipendente. Pour Esquerra Republicana, la problématique actuelle, en Corse comme ailleurs, repose sur un déni de justice ; pour pouvoir enfin parler de justice il faudrait satisfaire les revendications suivantes :

- Reconnaissance du peuple et de son droit à disposer de lui-même ; - Obtention, dans l’immédiat, d’une plus grande autonomie ;

- Contrôle de l’économie pour contrecarrer les effets de la spéculation ;

- Respect des droits sociaux ;

- Développement de la culture (langue, …) ;

- Participation de tous les citoyens à un processus de paix, ce qui implique la libération des prisonniers politiques qui doivent être aussi partie prenante de ce processus.

Par ailleurs, reprenant certains arguments d’ordre économique et social, les Catalans expliquaient, qu’après une phase de large autonomie, l’indépendance était possible, et qu’aujourd’hui, contrairement à certaines assertions, les petits Etats sont viables, y compris au sein d’une Europe en construction.

Depuis plusieurs mois, le statut de la Catalogne est en discussion, et le gouvernement catalan avait déjà approuvé un certain nombre de dispositions qui, définissant la Catalogne comme une nation à part entière, lui permettaient d’accéder à une plus large autonomie, lui conférant le pouvoir de décider des entrées dans le pays (politique d’immigration) dans la perspective d’une meilleure intégration, mais aussi d’acquérir des pouvoirs accrus dans le domaine de l’éducation, et la possibilité de voir le fruit des impôts acquittés par les Catalans revenir à leur gouvernement afin d’être réinvesti au niveau social.

Ce statut, pourtant approuvé par l’instance légitime, à savoir le parlement catalan, a été refusé par le gouvernement de Madrid. Depuis, ERC rejette la nouvelle proposition de statut élaborée par les autonomistes du parti CIU et la gauche espagnole, et réclame la tenue d’un référendum sur le thème de l’autodétermination, si l’Etat espagnol continue de refuser le projet initial.

En ce qui concerne le Pays Basque, là aussi, Xabi Larralde et Karmelo Landa, pour Batasuna, considèrent que c’est à la société basque, et à elle seule, que doit revenir le droit de décider du statut d’Euskadi, et que ce droit doit être reconnu par l’Etat espagnol. Ils ont rappelé les terribles années du conflit qui, jusqu’à la dernière initiative de paix de l’organisation E.T.A., a secoué leur pays, et sont revenus sur les diverses formes qu’avait pu revêtir la répression espagnole et française, soulignant la collaboration étroite des deux pays, tant sur les plans judiciaire et policier officiellement assumés, qu’en ce qui concerne les menées illégales et autres barbouzeries parfaitement illustrées par les crimes perpétrés par le G.A.L., dont les ramifications françaises ne sont un secret pour personne.

Les représentants basques ont également posé une question fondamentale, qui, au delà des diverses sensibilités politiques, est, semble-t-il, la seule qui vaille lorsqu’il existe une volonté de paix réelle et partagée : était-il nécessaire de payer le prix de tant d’affrontements, de tant de drames, pour en arriver à une vraie discussion sur les droits fondamentaux du peuple basque et sur l’exercice de la démocratie ?

Aujourd’hui encore, l’attitude de l’Etat espagnol, malgré quelques signes encourageants, reste parfois très ambiguë, et on le sent souvent tenté par le reniement de la parole donnée, ce qui décidément, a l’air de devenir une constante, d’un côté ou de l’autre des Pyrénées. D’ailleurs, la posture (ou l’imposture ?) de l’Etat français, qui n’a jamais reconnu l’existence du problème politique que lui pose le Pays Basque, a été sévèrement critiquée, et il semble grand temps pour lui de s’impliquer réellement dans la résolution du conflit, comme il a su si bien le faire jusqu’ici lorsqu’il s’agissait de réprimer la lutte nationale du peuple basque. Beaucoup de chemin reste donc à faire, et pour les porte-parole de Batasuna, il se pourrait, malheureusement, que le processus de paix ne puisse arriver à son terme. Là encore, Madrid détient un certain nombre de réponses qui ne devraient pas trop tarder à être données. Mais la construction nationale, comme cela a été exposé, elle, n’attendra pas ; elle continuera à se faire, en dotant le peuple, au quotidien, d’outils lui permettant d’avancer vers sa souveraineté, dans le cadre d’une stratégie offensive, ce qui a permis à Xabi Laralde de rappeler, non sans une pointe d’humour, que « la meilleure défense, c’est l’attaque » ; l’accent a également été mis sur la nécessité de se doter, en Pays Basque aussi, d’un observatoire économique et social qui permette de travailler sur des données statistiques fiables, afin de faire avancer les projets les plus pertinents.

La Corse, dernier abcès de fixation en Europe ?

En Corse, comme devaient notamment le rappeler François Sargentini et Jean Guy Talamoni, pour Corsica Nazione Indipendente, depuis le coup d’arrêt donné au « processus de Matignon », par l’éviction (temporaire ?) de Lionel Jospin de la scène politique française, l’heure n’est pas au dialogue, mais bel et bien au blocage de toute discussion et au rapport de force stérile sur fond de répression.

La dernière visite de Nicolas Sarkozy fut à cet égard édifiante ; tant de hauteur de vue, de compréhension et de sens de l’à propos nous rappellent l’époque où Charles Pasqua avait déclaré vouloir « terroriser les terroristes », ce qui avait donné des résultats spectaculaires, on s’en souvient, en terme de retour au calme et de rétablissement de l’ « ordre républicain ». Sans ironiser davantage, il est quand même consternant, comme le faisait remarquer à juste titre François Sargentini, que le « dossier corse » soit sans cesse traité par le ministère de l’intérieur français. Cela en dit long sur la volonté de dialogue de l’Etat français en Corse ; il n’est pas étonnant dans ces conditions qu’Emile Zuccarelli ait pu être un jour ministre, tenez vous bien, de la décentralisation ! Autant mettre Jack l’éventreur à la condition féminine ! Ce n’est pas un hasard si Camille de Rocca Serra et le maire de Bastia se retrouvent aujourd’hui sur des positions souvent superposables dès qu’il s’agit de brader les intérêts du peuple corse et de faire allégeance à Paris.

La question corse fut d’ailleurs au centre des échanges qui suivirent les exposés des différents intervenants, même si certains auditeurs demandèrent des précisions supplémentaires sur les luttes basques et catalanes, tout en évoquant également le processus irlandais. L’assistance, nombreuse et attentive a participé de manière déterminante à la tenue de débats qui se sont d’ailleurs prolongés pendant plus de deux heures, et auxquels il a bien fallu mettre un terme malgré l’intérêt manifesté par tous les participants ; ce sont des signes qui ne trompent pas et qui sont tout à fait symptomatiques de la réussite de cette première conférence.

Les questions furent toutes pertinentes, notamment celles portant sur les possibilités de faire entendre de manière unitaire la voix des nations sans Etat au sein de l’Europe ; les différentes formations nationalistes corses étaient représentées, et cette présence plurielle est à elle seule le gage d’une démocratie vivante et bien réelle au sein de la nation, s’opposant en tous points à la mainmise d’un système qui n’a jamais renoncé, pour l’heure, à pourchasser les idées, et à réduire l’expression, pourtant inéluctable, de notre conscience nationale.

Paul-Félix Benedetti, pour le Rinnovu, précisa que les situations conjoncturelles de nos nations respectives étaient actuellement différentes et que l’Etat français ne laissait guère au peuple corse d’autre choix que la lutte. François Alfonsi, rappelant les positions de principe du P.N.C., soulignait la nécessité de développer une démarche d’ouverture pour contrecarrer la logique de l’Etat qui mise sur le repli et l’isolement des nationalistes depuis toujours.

Jean Biancucci, pour Chjama naziunale, salua à son tour cette nouvelle manifestation des liens qui unissent nos trois nations, et insista, compte tenu des tristes réalités du bilan économique et social actuels, sur la nécessité de procéder par étapes concrètes afin de parvenir aux buts que se fixe le mouvement national. On pouvait noter par ailleurs dans la salle la présence de Jean- Noël Paoli (Fronte Pupulare) et des responsables des associations humanitaires de soutien aux prisonniers politiques comme Félix Bonardi (Riscossa Paisana) et Ghjuvan Filippu Antolini (Cumitatu contr’à A Ripressione).

Les différents intervenants, au-delà des diverses sensibilités, ont tous convenu que les éléments du blocage actuel étaient le fait de l’Etat français, et que les solidarités internationales ne pouvant que servir la cause de la paix, celles-ci devaient être renforcées.

Ce fut en quelque sorte la conclusion que les représentants de Corsica Nazione Indipendente devaient reprendre à leur compte, en réaffirmant leur attachement à la poursuite de la démarche d’Unione Naziunale, et à la plus large concertation, dans un souci d’unité d’action, entre toutes les composantes du mouvement national.

La déclaration commune

À l’issue de cette conférence, a été adoptée une importante déclaration commune, qui a d’ores et déjà suscité de nombreuses réactions positives au -delà de nos frontières, et dont voici la teneur :

« Les organisations soussignées, représentatives des luttes des peuples basque, catalan et corse, déclarent solennellement :

- Que les droits culturels, économiques, sociaux et politiques de leurs peuples sont inaliénables ; - Qu’ils ne peuvent s’exprimer pleinement qu’à travers une souveraineté pleine et entière : l’indépendance nationale ;

- Que les conflits armés existants ne peuvent trouver d’issue qu’à travers un dialogue conduisant à une solution négociée politique qui garantisse l’exercice du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Elles affirment leur engagement pour obtenir le respect des droits nationaux de leurs peuples. »


FIRST INTERNATIONAL CONFERENCE ABOUT PEACE AND ACCESS TO SOVEREIGNTY PROCESSES IN EUROPE

Statement

The subscribing organizations, representative of the fights of the Basque, Catalan and Corsican people, solemnly declare :

- That the cultural, economical, social, political rights of our people are inalienable ;

- That they can totally express themselves only through an entire sovereignty : national independence ;

- That the existing armed struggles can only be resolved by a discussion leading to a negotiated solution which would guarantee the right of people to decide for themselves.

They affirm their involvement to obtain the respect of the national rights of our people.

BATASUNA

ESQUERRA REPUBLICANA CATALANA

CORSICA NAZIONE INDIPENDENTE


Diciulone





 

© Corsica Nazione Indipendente — 2008