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06/08/2006

Terre et économie : le débat



Le dimanche 6 Août, bien avant que la foule n’occupe le chapiteau des ghjurnate pour le débat concernant la défense de la terre,était organisée, dans la matinée, une rencontre plutôt centrée sur l’économie et ses liens avec la maîtrise du foncier. Jacques Orsoni, professeur d’université, a apporté, à cette occasion, son concours et ses compétences pour nous permettre de mieux aborder des questions aujourd’hui incontournables.

Cette année la journée nationale des ghjurnate était consacrée à la terre et à la défense de notre patrimoine immobilier. Mais le débat du dimanche matin, traditionnellement réservé à un public plus « initié », recherchant à approfondir certains sujets, abordait l’importante question du développement économique et de ses liens étroits avec la maîtrise du foncier.

Les échanges denses et très souvent pertinents, ont duré jusqu’au tout début de l’après-midi et n’ont été interrompus que pour des raisons d’impératifs horaires, ce qui est symptomatique de l’intérêt porté à ces questions.


« Un état de non développement durable »

En préambule, Jacques Orsoni, professeur à l’université de Corse, devait préciser que, quelles que soient les évolutions futures sur le plan politique et notamment institutionnel, surtout si l’on se place dans une perspective d’indépendance nationale, il convenait de faire le bilan de la situation actuelle afin d’en tirer tous les enseignements nécessaires.

Aujourd’hui, malgré les assertions des représentants de l’Etat et de certains politiques, qui continuent à nous affirmer que « tout va bien », la situation économique et sociale de la Corse est on ne peut plus critique. Jacques Orsoni la qualifie lui même d’ « état de non développement durable », caractérisé par une croissance incessante de la précarité et de la misère sociale. L’absence de grandes et de moyennes entreprises, les difficultés énormes rencontrées par les petites entreprises, voire les micro entreprises artisanales, ne sont pas uniquement liées à l’étroitesse du marché et à certains points faibles bien identifiés des économies insulaires, mais surtout à la situation de dépendance économique dans laquelle notre pays a été maintenu, avec un état catastrophique de son commerce extérieur, les exportations pouvant être évaluées à environ 15% des importations. Ici on notera toute la difficulté d’obtenir des chiffres valides, tant qu’un véritable institut national corse de la statistique, indépendant du pouvoir parisien, ne sera pas mis en place. En effet, au delà des symptômes les plus visibles, il s’agit d’établir un diagnostic précis de cette situation pathologique afin d’apporter à l’économie corse les remèdes dont elle a réellement besoin.

Au lieu de cela on continue à mentir aux Corses en leur disant que tout va pour le mieux puisqu’il se crée plus de 200 entreprises par an dans notre pays ; on omet, bien entendu, de signaler que, dans le même laps de temps, il y en a au moins autant qui disparaissent et déposent leur bilan, comme on oublie d’admettre que la situation sociale empire chaque jour, avec près de 20000 personnes en dessous du seuil de pauvreté et une paupérisation qui touche des populations de plus en plus fragilisées, en particulier les femmes. L’augmentation vertigineuse des prix de l’immobilier aggrave d’autant plus les choses que les réponses apportées par les logements sociaux sont sans commune mesure avec la satisfaction des besoins réels.

Un état des lieux a donc été établi, reposant à la fois sur la prise en compte des contingences liées à l’économie des petites îles, mais aussi, et surtout, sur l’analyse d’un état de dépendance et d’assistance artificiellement entretenu pour des raisons politiques.

Dès lors, la discussion s’est engagée, chacun apportant son lot de réflexions et souvent de propositions, pour sortir de l’impasse actuelle.


Dépossession foncière et détournement de l’épargne corse : des solutions

Joseph Colombani a recentré le débat en évoquant deux aspects essentiels de la question ; tout d’abord, concernant le problème de la terre, qui allait alimenter les discussions de l’après-midi, il a précisé que le foncier devenait hors de portée des acteurs économiques, avec des prix qui ont flambé depuis 1998, jusqu’à être multipliés par dix pour une même superficie. Pour lui, au delà de l’élaboration d’un PADDUC vraiment cohérent, seule la régulation des conditions d’achat de la terre peut nous permettre de contrer cette logique d’exclusion. Et de citer l’exemple du Danemark, où l’accès à la propriété est conditionné, entre autre, par une résidence effective de huit mois par an dans le pays. Par ailleurs, se pose avec acuité la question du crédit. En effet, même si ce chiffre semble frappé du secret défense, l’épargne corse est globalement évaluée à 10 milliards d’euros (4 milliards en assurances vie et placements divers, 6 milliards en comptes courants indépendants). Le montant de l’encours, c’est-à-dire ce qui est emprunté, est actuellement de 1 milliard d’euros. Or le ratio habituel, dans les pays qui se développent, est de 1/5, ce qui équivaudrait pour la Corse à 50 milliards d’euros, soit 50 fois l’encours actuel ! La Corse devrait donc pouvoir disposer, pour son développement, des 49 milliards d’euros manquants. Lorsqu’on sait que le PEI apportera 1,5 milliards d’euros en 15 ans, cela laisse songeur.

Cet argent sert donc actuellement à alimenter des circuits extérieurs à la Corse et à ses intérêts : placé à 3% sur le marché monétaire international, il y a fort à parier qu’il soit utilisé, entre autre, par certains groupes pour… acheter des terres en Corse ! Ainsi, la boucle est bouclée.

Dans ce contexte, Joseph Colombani fait une proposition concrète : pourquoi ne pas envisager la création d’une taxe sur l’épargne corse non réinvestie en Corse, et dont le fruit servirait de fonds de garantie pour des prêts faits en Corse ?

Le débat a été riche, et il serait bien difficile de résumer toutes les interventions. Mais certaines ont retenu davantage l’attention dans la mesure où elles ont suscité des réponses étayées qui permettent d’entrevoir des solutions. Ainsi, Pierre Andreucci, qui a longtemps travaillé sur ces questions, et qui avait formulé des propositions qui demeurent d’actualité, a insisté sur l’obligation qui nous est faite de « raisonner en tant qu’économie nationale et non régionale », ce qui impose de « casser le système » actuel. Jacques Fagianelli a pour sa part rappelé l’importance du projet politique dont il fallait être porteurs afin de ne pas se tourner systématiquement vers l’institution pour mettre en place des dynamiques alternatives. Bernard Dianoux est revenu sur la nécessité de ne pas développer une stratégie génératrice de nouveaux liens de dépendance, induits par une politique systématique de subventions, et a soulevé certaines questions de doctrine politique qui ont fait rebondir les débats.

François Simeoni a posé une question fondamentale concernant les retombées actuelles du tourisme sur le PIB et l’emploi, rappelant la place que devrait normalement occuper ce secteur dans une stratégie de développement harmonieux.


« Un commando d’entreprises »

Jacques Orsoni a méthodiquement répondu aux diverses interrogations en traçant, à chaque fois, des pistes de réflexion, et d’action, pertinentes. Pour sortir du non développement et de « l’économie de rente » il faudrait mettre en place une stratégie de création de moyennes entreprises capables d’exporter, ce qui passe par des aides orientées qui ne sont pas essentiellement financières, mais plutôt logistiques. La constitution d’un « commando d’entreprises actives », dont l’action serait soutenue par une politique cohérente de développement qui intègre des notions essentielles de partenariat, peut nous aider à rompre enfin avec la dépendance et le non développement. Epargne de proximité, sociétés à capital risque, et, demain, une véritable banque corse du développement, sont autant de moyens permettant de financer des projets collectifs pertinents, à condition qu’une véritable stratégie de développement soit envisagée.

Pour les autres intervenants, si l’on ajoute à cela une fiscalité adaptée, une gestion personnalisée et rigoureuse, une volonté réelle de partager équitablement non seulement les richesses, mais aussi et surtout l’activité qui permet d’en créer, alors la partie peut être gagnée malgré tout.

Ce qu’il faut c’est avant tout une ambition nationale et une volonté politique pour la Corse, c’est-à-dire précisément ce qui manque à tous les dirigeants politiques soumis au pouvoir parisien.

En ce qui concerne le secteur touristique qui devrait booster l’économie, les retombées, selon Jacques Orsoni, sont extrêmement décevantes : environ 8% du PIB et, en ce qui concerne l’emploi, sur toute une année, pas plus de 4% (le plus souvent il s’agit d’ailleurs d’emplois « pauvres », les « poor jobs » des économistes américains).

Là encore, l’absence d’une stratégie globale de développement, où le tourisme aurait une place et un rôle clairement définis, débouche sur une aberration économique, et les quelques réussites, parfois exemplaires, que l’on met volontiers en vitrine dans ce domaine comme dans bien d’autres, ne doivent plus être l’arbre qui cache la forêt. Diverses pistes ont été explorées quant aux filières à développer, certaines illusions ne devant pas être entretenues. En effet, certains services, les nouvelles technologies, par exemple, constituent des activités innovantes intéressantes et complémentaires, mais à condition que le secteur productif ne soit pas pour autant délaissé et là aussi, le savoir faire et l’innovation doivent primer, afin d’avoir d’autres ambitions, y compris sur le terrain des exportations.

Des intervenants sardes et catalans ont salué la qualité des échanges et confirmé le sentiment que la Méditerranée est bien un espace de développement pertinent dont la dépendance nous exclut artificiellement.


De l’Islande à la Polynésie

Enfin, l’actuel blocage sur la question institutionnelle a été évoqué, ainsi que les prises de position des différents « candidats à la candidature » qui viennent régulièrement en Corse.

Ségolène Royal, qui lors de sa dernière visite a cru bon de se soumettre à un curieux exercice de ventriloquie zuccarellienne en affirmant que la porte du changement institutionnel restait fermée, a pourtant cité un exemple intéressant s’agissant de l’existence de « dynamiques insulaires » de développement : l’Islande. Seulement voilà, l’Islande, avec ses 290000 habitants peuplant une superficie qui est dix fois la nôtre, est un pays indépendant ! Et c’est précisément cette indépendance qui lui permet aujourd’hui d’avoir une des économies les plus prospères du monde. Jugez plutôt : 3ème PIB mondial par habitant, un budget de l’Etat excédentaire, 2% de chômage, alors que sa situation géographique n’est pas des plus favorables (Atlantique nord), et que sa densité de population, comme on vient de le voir, lui donne des allures de désert humain par rapport à la Corse. Pendant ce temps certains nous proposent sans rire de peupler la Corse de non Corses pour relancer l’économie !

Au-delà de toutes ces considérations, il est apparu au fil des discussions que seuls un changement de cap et des initiatives en rupture totale avec la logique actuelle de mise sous tutelle et de dépendance sont susceptibles de porter leurs fruits. Ce sont les conditions objectives de ce changement radical qu’il convient de créer ; nos amis polynésiens du Tavini, qui s’exprimaient la veille dans ce sens, ont un mot pour désigner ce bouleversement et l’espoir qu’il engendre. C’est par ce mot de leur si belle langue que l’on pourrait, temporairement conclure la synthèse de ces débats : « Tauui Roa ».

Diciulone





 

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