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26/06/2008

UNE ECONOMIE D’ASSUJETTISSEMENT



L’hebdomadaire « l’Express », dans son numéro 2969 et à sa rubrique « Economie », développe un long dossier intitulé : « Le palmarès des villes qui recrutent ».

Il y est présenté un « classement national des 348 zones répertoriées par l’INSEE. Cette hiérarchie reflète la vitalité des cités et des territoires, leurs atouts, leurs efforts pour séduire les investisseurs ».

Sur le podium, Roissy en France, Draguignan, et Porto-Vecchio, avec une hausse de leurs pourcentages d’emplois entre 1999 et 2006, respectivement de 31, 30, 5 et 25.

Cependant, si on examine avec réalisme la situation de trois cités, le rapprochement de leurs économies ne peut relever que de l’abus ou de la désinformation.

En effet,

• Les atouts de Roissy en France sont connus : l’un des plus grands aéroports au monde (60 millions de passagers, 2 240 000 tonnes de fret par an) avec ses retombées économiques et ses emplois, la proximité de Paris, ses moyens de communication, de transports etc.…

Draguignan, c’est plus de 10 000 petites entreprises qui assurent des emplois stables (41 168 en 2006),

En outre, c’est aussi sa situation de base arrière de la côte d’azur qui attire des résidents, alimente le BTP avec une réserve de 633 ha de foncier,

En prime, la lucidité des responsables : « Nous avons une forte volonté politique de maîtrise du foncier », « On ne peut pas miser à long terme sur la construction de maison. Quand on aura mité tout le territoire, la croissance s’arrêtera », « Il ne faut pas se leurrer, ce n’est pas une économie saine, nos jeunes s’en vont ».

Entendons-nous cela en Corse ?

• A Porto-Vecchio
, écrit Michel FELTIN, « la croissance est au beau fixe. Dans une région réputée pour son art de la sieste, cela surprend ».

Le cliché est tellement éculé que nous en ferons table rase tout en constatant que certains ignorent l’origine du mot français « travail » qui vient d’un instrument de torture.

Mais Porto-vecchio c’est surtout :

1 Un secteur primaire
(agriculture, forêt, pêche et aquaculture) pratiquement inexistant de par une volonté politique justement fondée sur le tout-tourisme.

Un secteur programmé à la mort par le PLU, à grands coups de complexes de construction sur les surfaces agricoles utilisées ou utilisables. Et les tracasseries faites aux agriculteurs, retraits de location de terres agricoles pour alimenter la spéculation foncière, le resserrement de crédits à l’investissement etc.….à l’heure ou chacun sait que posséder une agriculture performante ou avoir la possibilité de la développer d’une manière durable est une fortune et un besoin vital.

2 Un secteur secondaire (transformation des productions du secteur primaire) constitué presque essentiellement par le BTP étroitement dépendant du tourisme (constructions de marines, de résidences secondaires à but locatif etc.…) au taux de croissance de 100% dit-on contre 18% en moyenne nationale. Un secteur pourvoyeur d’emplois à temps partiel, précaires pour la plupart et destinés à des personnels non qualifiés. (emplois dévolus de plus en plus aux travailleurs émigrés venus de l’est qui acceptent les salaires (bien souvent non déclarés) dont les maghrébins eux-mêmes utilisés en ce sens ne veulent désormais plus).

Par contre, les potentialités des productions naturelles exprimées plus haut, qui pourraient être transformées par ce secteur qui deviendrait une autre source d’emplois qualifiés, ne sont pas préconisées dans les PLU proposés par les responsables territoriaux de la classe politique « traditionnelle ».

3 Un secteur tertiaire
(mise en valeur et commercialisation des produits développés dans les deux premiers secteurs) évidemment lui aussi est surdimensionné jusqu’à l’absurde. On voudrait nous faire croire que les revenus fondés sur la fréquentation touristique alimenteraient le commerce local, alors que :

- Les résidences secondaires sont louées (bien souvent illégalement) par ceux qui les possèdent, donc différentes Jet-set peu scrupuleuses faisant jouer leurs carnets d’adresses plusieurs mois de l’année,

- Les marchandises vendues aux touristes sont des marchandises importées par la grande distribution,

- Les marchandises locales (lorsqu’elles ne sont pas trafiquées par des réseaux étrangers à la Corse) sont achetées en petite quantité et à des prix dérisoire par ces épiciers nouveaux,

Nous pouvons affirmer que les bénéfices ainsi engendrés échappent totalement à l’économie corse !

Par ailleurs, ces secteurs ainsi gérés, génèrent des emplois saisonniers avec une main d’œuvre venue d’ailleurs, la main d’œuvre locale devenant insuffisante sur la saison.

Enfin, le phénomène de précarité qui s’ensuit le reste de l’année, provoque le départ des jeunes corses au bénéfice de cette main d’œuvre bon marché qui se contente de bénéficier du soleil et des atouts de l’aide publique (Restos du cœur, épiceries sociales, HLM prioritaires etc.…)

Les perspectives d’avenir sont les horizons les plus sombres pour Porto-Vecchio:

- Que fera-t-on lorsque le tout tourisme aura saccagé ce qui attire encore le touriste tel que beauté des espaces avec leurs libres accès ?

- Que fera-t-on quand la hausse des prix aura fait réviser à la baisse les budgets loisirs de la majorité des européens ?

- Que fera-t-on lorsque les effets des nouvelles destinations touristiques se feront sentir et que seront grevés les espoirs d’un étalement de la saison en Corse ?

Le principe qui consiste à placer tous ses œufs dans le même panier inquiète les Porto-Vecchiais comme tout le reste de la corse lorsque l’on sait que l’agrégation de tous les PLU sur le modèle du PLU de Porto-Vecchio débouchera sur le PADDUC.

Celui-ci deviendra irrémédiablement fixé comme modèle de développement.

En substance il apparaît nettement que Porto-Vecchio se dote d’une économie fragile, déséquilibrée dont les retombées profitent, certes, à quelques-uns. Il ne s’agit pas d’un système économique performant et profitable au plus grand nombre s’inscrivant dans la durabilité.

Il est étonnant que ces aspects de la question ne soient pas apparus aux rédacteurs de l’express sauf à penser qu’il s’agit coûte que coûte de valoriser un projet choisi pour la corse dans les méandres d’un ailleurs politico-économique dont les intérêts sont loin d’être ceux de la Corse et des Corses.

« Comme quoi la Corse, de temps à autre, sait adresser au continent de bonnes nouvelles » écrit en substance Michel FELTIN.

Propagande, action psychologique ? Nos pères ou certains d’entre nous ont pu lire le genre de slogan suivant, à l’entrée des villages en 1960 en Algérie : « La France c’est le travail ! Ici nous sommes français nous travaillons ! ». En Corse aujourd’hui c’est plutôt : « Nous travaillons selon le modèle choisi par la France : celui de l’assujettissement et de l’échec ! ».

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